[03:10.00]Est-ce que les daltoniens voient ce ciel gris qui me déprime tant [03:10.00]J’aime ni ma ville ni ses habitants [03:10.00]Je pense que l’accumulation de longs bâtiments [03:10.00]N’est pas bonne au développement de notre inspiration et ce, sans raison [03:10.00]Au bout du vide faut que je m’active, que je reprenne pied [03:10.00]Sinon c’est la chute assurée, j’ai le vertige et pas l’envie de tomber [03:10.00]Alors je rame à contre-courant jusqu’à l’épuisement [03:10.00]Je risque de toucher le fond comme mon compte courant [03:10.00]Je préfère me dire que l’amour est mort plutôt que de recoller les pots [03:10.00]Mais je fais la morale aux potos quand ils s’en font un peu trop [03:10.00]Je vais pas mieux qu’un autre, je gère la demande avant l’offre [03:10.00]Et selon la force des choses je me défaçonne pour devenir un fauve [03:10.00]Le réveil sonne mais je l’ignore une fois de plus [03:10.00]Mon seul sport quotidien c’est de courir après le bus [03:10.00]Et de le louper c’est de coutume, réel coup dur quand t’es crevé [03:10.00]Mes pompes bouffent la bordure, mes sales semelles sont décollées [03:10.00]Je fais pas les soldes, je m'achète pas de sapes et puis basta j'm'en bats les couilles de l’apparence, je préfère une zap avec les srabs [03:10.00]Se taper des barres pour un détail, enrichir ma mémoire de petites perles qu’apporte la fougue de l'âge de ce rap chronophage [03:10.00]Je ne peux pas tourner la page de mes années stagnantes [03:10.00]J’en ai de bons souvenirs éparpillés aux quatre coins de ma chambre [03:10.00]De vieilles photos me rappellent l’ambiance naissante de notre crew [03:10.00]Premier concert dans un fast-food, c’était pas fou mais ça défoule [03:10.00]Y’avait pas foule, mon rap est loin d’être commercial [03:10.00]Je préfère le fond à la forme et c’est pareil pour les femmes [03:10.00]Drôle de coïncidence, je pratique mon art juste par amour [03:10.00]Et pour l’humour repasse plus tard, j’ai pas la tête à faire le clown [03:10.00]C’est vrai que je suis souvent malaisant, j’ai du mal à être sérieux [03:10.00]Ça en devient maladif malheureusement je peux pas faire mieux [03:10.00]Cela m’est égal, je me soucie peu de votre ressenti [03:10.00]Ça en devient triste comme un lendemain de prise d’ecstasy [03:10.00]Encore une invitation que je décline [03:10.00]La vie n’est pas un film [03:10.00]Si je me débine c’est que j’ai l’envie de rester clean au moins une fois ce mois-ci [03:10.00]Et mes organes m’en remercient, j’ai plus 16 ans [03:10.00]Du mal à suivre ce rythme si entraînant, me laissant lancinant [03:10.00]Je laisse un silence gênant quand on me demande comment je vois l’avenir [03:10.00]Je prie les anges et songe au sens des chances que je n’ai pas su saisir [03:10.00]Je me penche sur nos échanges, c’est vrai que parfois je t’ai menti [03:10.00]Mais ton aisance me refroidit, tu es si belle les joues rougies par le froid [03:10.00]Dans l’espoir de te revoir j’ai fait l’effort de croire en toi [03:10.00]L’esquisse de notre passion naissante n’est qu’à portée de doigts [03:10.00]Tous deux perdus dans des jardins publics [03:10.00]On dessinait notre utopie au feutre indélébile [03:10.00]Nous sommes la preuve que tout s’essouffle, rien est éternel [03:10.00]Même pas les neiges qui me berçaient sur le poster de la maternelle [03:10.00]Quelle belle époque qu’est l’insouciance de ne pas avoir conscience de la vie [03:10.00]Ne pas comprendre que grand Mami n’est pas seulement endormie [03:10.00]La joie endolorie tel le coup de soleil après le jour [03:10.00]Sans remettre à la foi, histoire de panser ses blessures [03:10.00]Voir le poids des années se dessiner sur ses joues [03:10.00]Repasser les traits de son moral pour en cacher l’usure [03:10.00]On ne construit pas sa vie autour de mille excuses mais dans l'effort [03:10.00]Et cela m’épuise de les voir vivre dans la demi-mesure [03:10.00]Moi-même j’abuse, je subis mal la pression [03:10.00]Et je comble mes insomnies en me posant un tas de questions [03:10.00]Est-ce que les daltoniens voient ce ciel gris qui me déprime tant [03:10.00]J’aime ni ma ville ni ses habitants [03:10.00]Je pense que l’accumulation de longs bâtiments [03:10.00]N’est pas bonne au développement de notre inspiration et ce, sans raison